mar 082012
 

C’est avec l’aimable autorisation d’Anne Chaise, bibliothécaire documentaliste de l’ESA que nous publions cet article écrit en 2008

Les pionnières de l’architecture : premières femmes à l’ESA.

C’est en Finlande, pays historiquement exemplaire en matière de droits accordés aux femmes, qu’est diplômée Signe Hornborg, la première femme architecte au monde en 1890(1), soit trente ans avant la première femme architecte au Canada, Esther Marjorie Hill, (1920 , Université de Toronto), suivie trois ans plus tard par Flora Crawford en Suisse.
En France, quelle est la situation avant la première guerre mondiale ? Une thèse devrait dissiper à très court terme les approximations colportées jusqu’à ce jour sur les femmes architectes françaises(2).
On rapporte que Julia Morgan (1872-1957) jeune diplômée en génie civil de l’Université de Berkeley en Californie venue en 1896 poursuivre ses études à Paris se serait vue refuser les portes de la prestigieuse Ecole des Beaux Arts par deux fois avant de convaincre l’institution de l’accepter à force de détermination.(3) ; à l’Ecole des Beaux-Arts les femmes auraient donc été admises avec réticence aux dernières lueurs du XIXe siècle finissant.

Assise au centre Lydia ISSACOVITCH, derrière elle, Robert MALLET-STEVENS, tous deux DESA 1906.

L’Ecole Spéciale d’Architecture a-t-elle accueilli les postulantes féminines plus favorablement ?

Très tôt, en 1883 apparaît sur les registres d’inscription une autre Américaine, Laura White1, qui ne reste que quelques mois dans l’atelier du vieux professeur Thierry Ladrange : son inscription prouve néanmoins de la part de « l’Ecole de Trélat » une ouverture d’esprit qui était loin d’être partagée. Il faudra attendre ensuite vingt ans, 1903, pour retrouver trace d’une présence féminine sur les registres, alors que les textes réglementaires ne mentionneront explicitement la possibilité aux deux sexes de suivre l’enseignement de l’Ecole qu’à partir de 1916. Jusqu’à cette date, les textes distinguent les candidats libres et les réguliers, les candidats étrangers et les nationaux.

Au début du XXe siècle l’Ecole doit faire face à des effectifs insuffisants : serait- ce une des raisons pour lesquelles elle se serait ouverte aux femmes ? toujours est-il qu’on ne comptera entre 1903 et 1909 que cinq jeunes femmes isolées parmi 60 à 80 jeunes gens : trois Russes, une Française fille du directeur Gaston Trélat, et encore une Américaine. L’Ecole peut s’enorgueillir de sa première femme architecte diplômée en 1906 : Lydie Issacovitch née à Odessa en 1884.

Une certaine Adrienne Lacourrière l’aurait précédée et aurait été la première femme diplômée de l’Ecole Spéciale d’Architecture en 1896.(4) Dommage pour la légende, le registre de notes détaillées enregistre en fait un Mr Adrien Lacourrière né le 17 août 1875 à Paris, inscrit dans la promotion de 1883. En revanche l’existence de Verna Cook (5) et son passage à l’ESA entre 21 et 23 ans sont confirmés. Notée à sa sortie en octobre 1911 démissionnaire, mais élève également de l’Ecole d’Architecture de l’Université de Colombie, elle fondera avec son futur mari une agence d’architecture en 1920 et connaîtra une certaine notoriété en tant qu’architecte et auteur d’ouvrages sur l’architecture mexicaine dans les années 60.

Verna Cook ? –ESA vers 1909-1911

C’est une nouvelle histoire qui commence après la première guerre mondiale, puisque de 1916 à 1939 , 34 femmes s’inscriront à l’Ecole Spéciale, dont 18 sortiront diplômées.

1 Des jeunes femmes peuvent s’inscrire à l’Institut Polytechnique dès 1879 mais à titre d’élèves supplémentaires ; c’est le cas de l’artiste peintre Hélène Schjetfbeck.
2Aude Bussier : Histoire des femmes architectes en France depuis 1880, Thèse sous la dir. De Danièle Voldman, Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
3 De retour aux Etats Unis elle exerça comme architecte dés 1904 à San Francisco
4 Frédéric Seitz, Une Entreprise d’idée L’Ecole Spéciale d’Architecture : 1865-1930, Paris, Picard, 1995,p. 158.
5 Verna Cook (1888,-1978), épousa d’abord Edgar Salomonsky architecte, puis Warren Butler Shipway.

 Publié par à 16:36  Tagged with: Anne Chaise

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